lettre d'amour

 

 

Voilà, j'y suis devant cette page blanche de mon écran, mais je sais à l'avance qu'elle ne va pas rester en l'état très longtemps. Ecrire, écrire maintenant l'histoire, ne rien inventer, dire ce que je pense, ce que je ressents, ce que j'ai vécu de l'avoir rencontré une première fois.  

 

Je me réveille, je n’avais qu’une hâte, être là assis sur mon canapé et laisser mes petits doigts se promener sur le clavier pour lui apporter mes mots, mes phrases, mes pensées qui je sais maintenant iront directement à son coeur. Hier, oui hier, je retiendrai peut être cette date, qui a fait que je l’ai rencontré, celle qui me fait vibrer. Mais comment, combien, je ne peux le dire, le décrire. Ce qui s’est passé en moi ce jour là, pas facile de le mettre aussi simplement sur papier. Tout est devenu compliqué, alors que ça aurait pu être quelque  chose de simple, trop simple. 

 

Hier j’avais encore des taches à faire avant d’aller vers elle. Heureusement, car mon esprit aurait été encore trop préoccupé. Ne rien oublier, ne rien laisser paraître devant les autres, faire comme si c’était un jour normal. Le pourrais-je, en aurais-je la force ? Me voilà parti dans une expédition, alors que c’est simplement la vie. Tout préparer, essayer de faire en sorte que dès sa présence chez moi, que tout semble parfait. Mais je sais moi que ce ne sera pas le cas, car ma tête n’étant vraiment pas présente dans l'accomplissement des taches matérielles. Il reste à penser que j’aurais certainement commis des erreurs d’appréciations et de préparations.

 

Je fais les courses, et voilà que j’oubli les fleurs. Faire demi-tour, car il est impensable à  un tel premier rendez-vous, d’arriver les mains vides. Est-ce la bonne méthode ? Est-ce qu’il faut le faire encore de nos jours ? Je ne me pose même pas la question. Des fleurs, il faut des fleurs et on n’ en parle plus. Mais acheter quoi ? Quel message lui faire passer ? Finalement je ne la connais pas plus que ça. Quelques écrits, et voilà que le choix d’un simple bouquet devient compliqué. Des roses blanches pour rester neutre, des rouges pour la passion. Après tout, je risque quoi ? D’être ridicule dans ce que je voudrais lui faire ressentir ? Allez, allons-y pour les rouges, car je n’ai jamais entendu dire que quelqu’un pourrait mourir du ridicule. Se sont juste des fleurs après tout. Tu trouveras bien l’explication si jamais elle te pose la question. Ou tu sauras prendre un joker au dernier moment, si ton cerveau, tout ton  être te soit rendu par cette femme.

 

T’as pas le choix, il faut y aller à ce rendez vous. Qu’elle te remette dans ton état normal, que ça s’arrête, mais pas que tout s’arrête. Un autre début, et tu espères en toi  même que se sera un beau début. Alors tu crois mettre de ton côté toutes les cartes. Tu crois ne rien avoir oublier, mais tu doutes encore. Tu cherches, t’es gauche, hésitant. Je dois encore me préparer, me raser, me doucher, me parfumer. Qu'ai-je oublié encore de faire ?

 

Encore une bonne heure à attendre, mais là, je ne tiens plus. Je ne veux plus tourner en rond.  Déjà y aller, tout en sachant que je serai à la gare en 30 minutes. Je vais rouler doucement pour décompresser. Enfin essayer, car plus le moment approche et plus je faibli. Qui est-elle cette fille pour me mettre dans cet état ? Quel est son pouvoir ? Qu’est-ce qu’elle fait de moi.

 

J’y suis devant cette gare, effectivement en avance, trop en avance. Je dois maintenant attendre. La patience me prend. Pourtant j’y étais vingt fois à cette station, mais jamais dans cet état d’esprit. Qu’est-ce que je croyais ? Qu’elle allait bouger de place ? Que je ne l’aurais plus retrouvé ?

 

Je sors de la voiture pour m’aérer. Il y a là, un rayon de soleil, peut être que c’est elle qui me l’a envoyé. Il fait bon et prendre l’air me fait un bien fou. J’ai essayé d’être présentable et les gens qui me voient n’ont certainement aucun doute sur mes intentions. Je me retrouve là devant cette gare, un bouquet à la main, l’image est parlante.

 

J’entre dans la gare, et ouf, son train existe vraiment. Il est à l’heure, mais est elle dans l'un des wagons ? Aura-t-elle eu le courage et la force de venir rencontrer un inconnu ? Un dernier conseil d’un ou d’une amie l’aurait peut être fait changer d’avis. Mais pourquoi se poser la question ? J’ai lu ses mails. J’ai bu ses paroles. J’ai  pu voir aussi combien cette rencontre était importante pour elle. Alors je ne veux même pas penser qu’elle ne pourrait y être dans ce fichu train.

 

Lui faire un message pour marquer ma présence.  Pas forcement pour lui dire où je me trouve, mais pour obtenir d'elle une réponse afin de m'assurer qu’elle va être bientôt là, devant moi. Quinze minutes, puis dix, et la dame des hauts parleurs qui prononcent que son train va entrer en gare.

 

Où me placer afin qu'elle puisse me voir du premier regard ? Ne pas rater le quai d’arrivée, me mettre finalement là où je pourrais la voir venir au loin. J’ai ses photos en tête. J’ai son visage gravé déjà en moi. Nul doute que je pourrais la reconnaître parmi tous ces gens qui me font face et qui passent à côté sans même me porter un regard. Comme si pour eux, tout était normal, rien n’allait se passer. Oui, ma vie n’allait certainement pas changer la leur.

 

Je tourne en rond. Je suis dans mon monde. Je scrute les moindres passages, et enfin la voila. Pas de doute possible, c’est bien elle. J'y crois à peine,  elle  est venue. Je suis tout d’un coup soulagé, un peu stressé, car je sais intérieurement qu’il y a encore beaucoup à faire. Elle vient vers moi, mon image elle l’a aussi dans sa petite tête. Non elle n’a pas mentie. Elle n’a rien caché. C’est celle qui m’a fait vibrer pendant plus de dix jours par des écrits. Elle marche vers moi, souriante.  Je me suis dit, bien avant ce jour, que je n’aurais qu’une hâte, celle de la prendre dans mes bras et de l’embrasser.

 

Finalement je n’ai pas dû me battre contre moi-même pour y arriver. Je l’ai bien prise dans mes bras et mes lèvres se sont posées sur les siennes tout naturellement. Peut être que certains disaient, pensaient : « regardent ces deux là, c’est pathétique. S’embrasser et s’enlacer dans un hall de gare » Oui, ils pouvaient, mais je savais moi que je l’avais dans mes bras, rien que pour moi. Je l’avais pour moi, et que plus rien tout d’un coup n’était plus important.

 

Je ne pouvais laisser paraître combien je tremblais. Je ne trouvais plus mes mots. Mais dire quoi ? Faire quoi ?  J’étais ailleurs tout en vivant un moment présent intense. Je me laissais dire, par le don de mes doux baisers pour elle, que peut être je lui faisait passer déjà mes sentiments, tout ce que j’avais envi de lui dire sur sa présence là devant moi. Ce jour qui était devenu exceptionnel et merveilleux. Si j’aurais pu parler à la femme des haut parleurs, je lui aurais demandé alors de me mettre la chanson de Michel Sardou qui dit : « Je vais t’aimer comme personne ne t’a jamais aimé. Je vais t’aimer comme jamais tu ne l’aurais imaginé ».

 

C’est drôle cette histoire. On se croit fort, fier et pouvoir tout gérer comme des adultes sensés pourraient le faire. Mais on redevient vite tout petit dans  une telle situation. Faut juste avoir ce cadeau de pouvoir le vivre pour le croire. Quoi faire avec elle ? Je n’en sais rien. Je l’ai pour moi, je ne vois rien d’autre. Etre avec elle c’est tout ce qui m’importe. L’enlacer tous les dix mètres, l’embrasser en ne portant aucune attention à mon environnement. Tantôt devant une vitrine de magasin, tantôt un début de chantier, un trottoir, une table de bar, une place publique. 

 

Puis, un ange passe peut-être, là devant cette cérémonie de mariage qui se déroule devant nos yeux sur cette place. Mais nous ne voyons qu’une famille, des personnes souriantes qui se regroupent pour se laisser photographier. On ne voit pas forcement de l'amour qui s'y dégage. On ne voit que nous finalement. Cet ange, le sien ou le mien, cette petite dame d'un certain âge, qui à force de nous voir l'un dans les bras de l'autre à s'embrasser, sans gêne, sans scrupule, elle qui voit, parmi des centaines de personnes, ce qui se passe entre cette fille et moi, finira par nous dire : "Profitez-en, faites comme eux". Eux qui se marièrent. 

 

Je ne veux plus la quitter, ne plus lâcher ses mains, la toucher, la sentir contre moi, et toujours avoir quelques instants ses lèvres posées sur les miennes. J'aurais pu être dans n'importe quel endroit, que de toute façon, ça aurait été sans importance. Je n'ai mes yeux que pour elle. Lui parler, l'avoir face à moi, voilà ce qui m'importe. L’erreur aurait pu venir de là : "Mais il fait quoi ce type là ? Il me demande de le rejoindre et il n'a rien prévu comme programme !" Faire quoi, quand je n’ai goût à rien, juste ce besoin d'être là en sa présence. Lui faire découvrir mon lieu de vie, la convaincre que tout ce que je lui ai raconté dans mes mails, est une réalité? Alors que jusque là, ça n'aurait pu être qu’une simple histoire.

 

Je n’y crois pas. Cette fille que j’avais vu sur un écran est maintenant là, bien présente dans mon salon et rien que pour moi.  Peut-être que pour elle c’est sans importance, mais pour moi exceptionnel. Si  elle aime mon lieu de vie, elle aimera aussi y passer du temps en ma présence. Comment se fait-il que je ne puisse me dégager de ses bras, de ses baisers. Qu’elle est cette force cachée qui m’attire vers elle ? Je ne cherche plus à comprendre, à me poser des questions, je vis l’instant présent et je me laisse aller. Je me sens enfin bien, zen. Je retrouve un peu de ma lucidité. Un repos intérieur que je recherchais depuis une dizaine de jours.  

 

Je me suis retrouve là dans ce restaurant, assis toujours en face d’elle, ne lâchant plus sa main et l’embrassant à la moindre occasion. Et toujours les autres qui regardent, peut être par jalousie, en se posant cette question :  « Mais comment font t’ils pour avoir encore cette passion débordante, de se donner en spectacle devant tout le monde, de montrer ouvertement ce qu’eux-même faisaient, avec des années en moins ?

 

Pas le temps et l’envie de m’intéresser aux autres. Ecouter ce qu’elle dit et capter le moindre de ses gestes qui pourraient la trahir. Mais la trahir dans ses sentiments, dans ce qu’elle ne voudrait pas dire ouvertement, mais que je pourrai voir au bout de ses mains, sur son visage, la manière dont son corps tout entier pourrait réagir. Des baisers, des bisous, des caresses elle en a eu, et pourtant j'en ai encore tellement à lui donner. 

  

Déjà l'heure, et combien le temps passe vite dans ces moments là. Alors que cette dernière semaine les heures étaient interminables. La ramener chez moi, ce lieu qui pourrait être aussi chez elle. Je n'ai qu'une seule envie, la serrer contre moi et avoir enfin un sommeil apaisé. Mais non, ce n’est pas possible. On croyait pouvoir dormir et que tout allait être simple. Elle est bien là, mais aucune envie de fermer l’œil. La regarder encore, la toucher encore, lui parler encore, comme si dans l’après-midi, rien n’avait été fait, rien n’a été dit et qu’il fallait encore et toujours lui faire comprendre combien sa présence était importante.

 

Elle m’a eu cette fille et elle m’aura jusqu'au bout. Elle réveille en moi des éléments qui étaient bien enfouis. Ne rien dire, ne rien laisser parraître, essayer de faire les choses normalement. Elle est où cette normalité quand le cerveau et le corps tout entier n’arrivent plus à se retrouver dans l’espace présent.

 

Elle ne dort ni sur la canapé, ni dans l’autre chambre. Non, son désir est d’être à mes côtés, de ne rien perdre du temps qu’elle partage avec moi.  Peut elle au moins savoir le bonheur qu’elle me procure ? Pas de questions, juste encore et encore l’embrasser, la tenir serrée très fort contre moi, et demander  à ce que quelqu‘un me pince pour me montrer que je ne rêve pas. Je tremble. Je suis un peu perdu. Essayer de tout maîtriser, de faire au mieux, de gérer cette intensité. C’est comme vouloir éteindre un volcan avec un seau d’eau. Je sais que je n'y arriverai pas. 

 

Elle était là, bien là, dans ma chambre, dans mon lit. Toutes ses paroles, ses gestes, n'étaient que pour moi, et rien que pour moi.  Je ne peux décrire par des mots, des lignes posées sur cette feuille, ce que fut cette première nuit cette découverte, avec elle. Je ne trouve pas encore  de sens, des phrases assez fortes pour le revivre sur papier. Ca viendra à n’en pas douter.

 

Mon temps était bien compté avec elle. Sa présence aurait bien une fin, mais repousser au plus tard l’échéance était devenu mon combat. Ne plus vouloir la quitter. Ne surtout pas penser qu’à un moment de la journée, je ne pourrai plus la voir, ne plus la toucher. Non cette pensée là me torturait. J’aurais poussé les minutes et les heures jusqu’à l’extrême. La fatigue n'avait plus aucun effet sur le corps, quand partir devient difficile. Fallait y mettre une fin, malheureusement. A-t-elle eu assez de caresses, de bisous, de baisers et d’attention ? Ai-je été à la hauteur des ses espérances ? Je repartais avec et toujours des questions, mais rassuré, apaisé d’avoir été avec elle bien plus de temps que je ne l’aurais pensé. J'ai vu dans ses yeux, ce qu'elle voulait me dire, me faire ressentir. 

 

Je rentre à nouveau chez moi, en ayant un début de réponse à mes questions. Maintenant le vide autour de moi, un manque, cette sensation d’oubli de quelque chose, et de toute façon avec la tête ailleurs. Oui, elle va  me manquer. Oui j’aurai envie de la retrouver sans me faire prier. Oui je reconnais que je l’ai collé un peu de trop mais que je le ferai encore et encore. Qu’elle aille se plaindre, là je ne pourrai plus me comporter autrement. Proche d’elle et ne pas pouvoir la toucher, se serait impensable. Mieux vaut ne pas y être que de ne pas pouvoir le faire.

 

Je suis rentré chez moi, dans ce lieu où j’allais normalement me sentir bien. Mais non, ce lieu n’était pas ici, c’était celui où je pouvais rester là bas, proche d’elle, avec elle. J’ai eu la force de lui parler, la patience d'attendre avant de la rencontrer. Mais la force de la quitter, je l’ai puisé dans le peu d’énergie qui me restait encore. J’ai dû lutter contre moi-même pour pouvoir le faire.

 

Maintenant lui dire quoi encore et que faire ? Le temps passe, sera-t-il notre allier ou notre ennemi ? Encore et toujours ces foutues questions, alors que je voudrai bien ne plus me les poser. Vivre avec  un bien être intérieur, dans la pensée qu’a chacun de mes moments de liberté, je pourrai revivre ces instants avec elle.

 

Je n’ai jamais demandé à ce qu’on m’offre des facilités dans la vie. J’ai toujours été conscient que tout s’acquière au fil du temps si on y met de la bonne volonté. Mais là oui, je demande, je souhaite que des instants comme ces deux jours avec elle, se répètent encore et toujours.

 

 

Ton message de soirée m’a rassuré, et finalement j’ai pu retrouver un sommeil apaisé. J’avais l’impression d’avoir bien fait, d’avoir bien agit, de ne pas avoir déçu, et que de toute façon je ne voyais pas comment faire autrement.  J’ai pris ton oreiller, j’aurais dû prendre ta serviette après ma douche. Je voulais encore sentir ta présence, me convaincre peut être que tu étais encore là, à mes côtés. Je me suis couché à ta place, peut être que j’aurais même voulu  être dans ta peau. Aller comprendre ce qui nous passe dans la tête dans ces moments là. Voilà, je vois bien que ce matin tu n’es plus là. Peut être est-ce aussi bien comme ça, pour que tu puisses prendre un peu de recul pour comprendre et te dire que cette histoire est dingue. J’ai encore du mal à retrouver une activité normale. Il faut bien que je laisse ce clavier, que je vois autre chose, que je parle à d’autres personnes. Je ne souhaite qu’une chose, c’est que j’aurais crée par mon absence, un manque pour toi.

 

 

Ici on ne vend rien, on partage notre bonheur !

L11